16 et 17 mars 2012 – Repenser nos formes de vie (1) – «Présentation de la problématique» par Martin FORTIER

par cmsgens

 

Club de la Montagne Sainte-Geneviève – École Normale Supérieure

17 mars 2012

COLLOQUE: « REPENSER NOS FORMES DE VIE À L’AUNE
DES NOUVELLES TECHNOLOGIES »
Organisé par Martin Fortier, Julieu Neulat, Marc Santolini.

(1) « Présentation de la problématique. Externalisation et distalisation des fonctions. » par Martin FORTIER

Argument du colloque.
Avec sa thématisation par Wittgenstein et Cavell, la notion de forme de vie est passée à la postérité, et elle est aujourd’hui au cœur de nombreux débats. Wittgenstein se propose de penser la forme de vie comme une véritable histoire naturelle de l’espèce. Là où certains prétendent que la forme de vie d’une communauté d’individus est quelque chose qui résulterait d’un consensus général des opinions, Wittgenstein nous rappelle qu’elle est bien plutôt de l’ordre d’un pli anthropologique – d’un ensemble de gestes et de comportements, de rituels et d’actions, dotés d’une inertie propre et se fixant par et dans la pratique. Pour filer la métaphore wittgensteinienne de l’histoire naturelle, nous pourrions dire que nos formes de vie subissent aujourd’hui un véritable cataclysme : de même que la crise du crétacé-tertiaire eut un impact considérable sur l’évolution des espèces, le déferlement des nouvelles technologies, sans qu’on se prononce ici sur sa nature bénéfique ou délétère, nous invite en tout cas à repenser nos formes de vie.
Bon nombre de constantes qui structuraient nos vies sont bouleversées par des innovations technologiques : on transforme le biologique en virtuel, on externalise de plus en plus de fonctions intellectuelles et vitales, on rallonge les durées de vie, on réduit les distances, on instantanéise… Les formes que pouvait prendre nos vies variaient selon certaines constantes qui nous semblaient fixes, mais voilà que celles-ci s’avèrent étonnement contingentes, et que des formes de vie auparavant inimaginables apparaissent soudainement, en faisant fond sur des constantes transfigurées. C’est ce changement profond qu’il s’agira d’évaluer.
Trois thèmes seront privilégiés. (1) Les biotechnologies, c’est-à-dire la possibilité de reconfigurer et de redessiner le vivant – avec notamment la question du transhumanisme. (2) Les technologies informatiques – tout particulièrement l’Internet et les pratiques qu’il rend possible (e.g. hacking, piratage). (3) Les technologies du virtuel – largement liées aux technologies informatiques – avec, notamment, les jeux vidéo et les réseaux sociaux.
On assiste aujourd’hui à un développement pléthorique des travaux qui explorent ces nouveaux champs d’investigation. Le monde universitaire prend peu à peu acte des bouleversements à l’œuvre. Certaines méthodes se sont fait, depuis quelques décennies, un véritable nom – ainsi en va-t-il par exemple de la médiologie, notamment promue par R. Debray, ou de la théorie acteur-réseau, développée par B. Latour, M. Callon et J. Law. De manière plus générale, fleurissent des études ponctuelles proposant ici une philosophie de facebook (e.g. le volume collectif de D.E. Wittkower) et là une philosophie des jeux vidéo (e.g. l’essai de M. Triclot). Il s’agira, à la faveur de ce colloque, de donner la parole à ce type de discours tout à fait innovant. Cependant, nous ne voudrions pas seulement offrir une perspective universitaire et savante sur la question – car, finalement, le fond de l’affaire relève avant tout de la pratique ; nous donnerons donc aussi la parole à des acteurs clés de ces nouvelles technologies. En croisant ainsi les perspectives, nous espérons pouvoir proposer un diagnostic relativement fidèle de l’état de nos formes de vie à l’heure où s’opèrent tant de bouleversements technologiques.