16 et 17 mars 2012 – Repenser nos formes de vie (3) – «Ce que le transhumanisme veut dire» par Gabriel Dorthe

par cmsgens

 

Club de la Montagne Sainte-Geneviève – École Normale Supérieure

17 mars 2012

COLLOQUE: « REPENSER NOS FORMES DE VIE À L’AUNE
DES NOUVELLES TECHNOLOGIES »
Organisé par Martin Fortier, Julieu Neulat, Marc Santolini.

(3) « Ce que le transhumanisme veut dire. » par Gabriel DORTHE

Le mouvement transhumaniste émerge dans les années 1980 aux Etats-Unis, où il s’affranchit rapidement des milieux geeks et de la contre-culture qui l’ont vu naître [1] pour se déployer en un large réseau d’acteurs démontrant une capacité à mobiliser des financements considérables [2] et une apparition de plus en plus fréquente dans les médias généralistes [3]. Qu’il s’agisse de dangereux manipulateurs du vivant, d’entrepreneurs sans scrupules, de nouveaux utopistes, d’intellectuels mesurés, de lobbyistes réalistes ou de doux rêveurs; qu’ils soient ingénieurs, chercheurs, philosophes ou artistes; qu’ils promeuvent la cryonie, croient à l’avènement prochain de la singularité ou demandent « simplement » l’allongement indéfini de la durée de vie, les transhumanistes s’accordent sur une définition minimale de l’humain reposant sur deux principes. Premièrement, il n’y a pas de raison de considérer que l’espèce humaine est parvenue à la dernière étape de son évolution. Au contraire, et deuxièmement, elle doit aujourd’hui prendre en charge cette évolution à l’aide des technologies dont elle dispose (et dont elle disposera à l’avenir), pour améliorer ses performances physiques, intellectuelles, psychologiques, émotionnelles, etc. En un mot, les anthropotechniques [4] doivent lui permettre de parvenir à un état supérieur d’évolution. Le transhumaniste se voit donc comme un être en transition – volontaire et prise en charge – vers une condition post-humaine.
Mon intervention, basée sur une thèse en cours, suivra celle de David Latapie, représentant du Conseil d’administration de l’Association Française Transhumaniste: Technoprog!, aura été préparée en dialogue avec lui et aura pour objet d’en déployer certaines problématiques spécifiques. Je soutiendrai une approche considérant que les discours transhumanistes interviennent dans le grand jeu des valeurs, des normes et des représentations. La rapide progression de la visibilité (curiosité, adoption ou rejet) des idées transhumanistes atteste de leur résonnance avec un certain nombre des préoccupations contemporaines: sentiment de perte de maîtrise, inquiétudes autour de l’action de l’homme sur son environnement, accroissement rapide de la capacité d’action de l’homme sur son propre substrat biologique, caractère résolument intime des anthropotechniques émergentes,… Sans prétendre à l’exhaustivité, je tenterai un travail de décryptage de certaines d’entre elles.
[1] Rémi Sussan, Les utopies posthumaines, 2005.
[2] L’exemple le plus marquant étant Singularity University, cofondé en 2009 par Ray Kurzweil, l’un des ténors du transhumanisme américain. Cette importante structure dédiée aux technologies émergentes, dont les sponsors principaux sont Google et Nokia, a lieu au centre de recherches californien de la NASA. Voir: singularityu.org.
[3] Nombreux dossiers spéciaux en 2010 et 2011, dans la grande presse française notamment.
[4] Jérôme GOFFETTE, Naissance de l’anthropotechnie, 2006 ; Peter SLOTERDIJK, Règles pour le parc humain, 1999 ; et La domestication de l’Etre, 2000.