16 et 17 mars 2012 – Repenser nos formes de vie (4) – «Amortalité, immortalité et technologies convergentes» par Marina Maestrutti

par cmsgens

 

Club de la Montagne Sainte-Geneviève – École Normale Supérieure

17 mars 2012

COLLOQUE: « REPENSER NOS FORMES DE VIE À L’AUNE
DES NOUVELLES TECHNOLOGIES »
Organisé par Martin Fortier, Julieu Neulat, Marc Santolini.

(4) « Comment imaginer des nouvelles formes de vie ? Amortalité, immortalité et technologies convergentes. » par Marina MAESTRUTTI

Les imaginaires des nanotechnologies, en s’enracinant dans la culture contemporaine, contribuent à l’intégration culturelle de ces innovations technologiques.
Une étude des nanotechnologies ne peut ignorer leur insertion dans le paradigme des technologies convergentes. Qu’elle soit réelle, effective ou seulement souhaitée et encouragée, la convergence des nanotechnologies avec les biotechnologies, les technologies de l’information et les sciences cognitives, occupe la première place dans l’ordre du discours. La présente contribution analyse l’imaginaire de ces technologies convergentes : nourri de mythes et d’utopies, il semble se cristalliser sur la redéfinition de l’identité humaine autour du thème du corps comme limite à franchir. Le corps humain y est conçu comme « projet ». Cette « micro-utopie » du soi qui concerne l’individu et tend à effacer le collectif, devient un lieu de « négociation culturelle », qui s’inscrit dans le cadre plus général que Karin Knorr Cetina appelle une « culture de la vie », c’est-à-dire un modèle de perfectionnement de l’humain soutenu par les sciences naturelles, en particulier la biologie. Le life enhancement, l’extension de la durée de vie, ouvre sur un programme de lutte contre le vieillissement au niveau individuel, mais aussi collectif, à travers les différentes formes de biopolitique. Ce programme qui se réclame volontiers des idéaux de la Renaissance et des Lumières, constitue en fait une rupture avec l’idéal de perfectibilité de l’humain dans sa dimension sociale pour affirmer l’importance primordiale de la perfectibilité de la vie elle-même. Paradoxalement cette culture de la vie, inspirée par les progrès de la biologie, voudrait presque effacer la certitude de la mort, et nous libérer du déterminisme biologique. Ainsi favorise-t-elle un nouveau dualisme qui prétend offrir la possibilité de réaliser un projet de vie personnel par delà les contraintes de la matérialité.