16 et 17 mars 2012 – Repenser nos formes de vie (7) – «Numérisme et créalisme : la dialectique du siècle à venir ?» par Luis de Miranda

par cmsgens

 

Club de la Montagne Sainte-Geneviève – École Normale Supérieure

17 mars 2012

COLLOQUE: « REPENSER NOS FORMES DE VIE À L’AUNE
DES NOUVELLES TECHNOLOGIES »
Organisé par Martin Fortier, Julieu Neulat, Marc Santolini.

(7) « Numérisme et créalisme : la dialectique du siècle à venir ? » par Luis de MIRANDA

« L’homme est le génie de l’équivoque », écrivait Merleau-Ponty. L’épopée humaine est en effet susceptible d’une duelle interprétation. Loin d’être seulement le gardien de l’être, le poète de la Terre (Heidegger), il en est aussi, selon l’expression de Foucault, « le principe ordinateur ». Nous nommons « numérisme » l’activité humaine d’ordination du réel, de nomination, de mesure, d’agencement, de calcul, de codification sans laquelle on ne saurait parler de société. Nous nommons « créalisme », par dialectique, la faculté de renouveler ces codes ordinateurs producteurs de réalité, de démonter puis recomposer le jeu des protocoles sociaux, de hiérarchiser les valeurs idéologiques qui articulent nos formes de vie. Numérisme et créalisme sont sans doute antérieurs à l’invention desdites nouvelles technologies, mais leur dialectique s’est exacerbée avec la modernité. En examinant depuis Leibniz jusqu’à nos jours les archives de l’histoire des computeurs et les discours afférents à la supposée révolution numérique, nous nous demanderons à quelles conditions la liberté reste possible dans un monde de cyborgs. S’il est vrai que le « nouvel esprit du capitalisme » (Boltanski, Chiapello, 1999) s’appuie sur l’idéologie de l’épanouissement personnel, il est fort probable qu’il soit dépassé par les contradictions engendrées par cette idéologie même, intenable en pratique. D’où l’intérêt de penser un « créalisme » avec le numérisme, en tant que nouvel esprit artistique et politique, investi dans le réel mais non désinvesti de l’imaginaire, et dont l’œuvre commune serait la Terre comme mégacyborg. Loin des peurs mécanistes et des fantasmes d’asservissement par les automates, l’hypernumérisme ne nous permet-il pas d’entrevoir une forme de vie qui intensifie à la fois création personnelle et harmonie collective ?